Wootico

Le Sénégal des Arts et de la Culture

publicité
www.douniala.com

Au gré du van

Coopérants Par Oumar Ndao

Dans ses discours à la nation, le Chef de l’Etat s’adresse aussi à ceux qu’il appelle "chers hôtes étrangers qui vivez parmi nous". Parmi eux, des hôtes bien curieux : vivant reclus en bandes, ignorant la vie du Pays, on ne les voit que dans certains segments de la circulation. Pendant quelques mois de l’année...


Le coopérant roule en 4x4 climatisée...
Photo : Droits réservés

L’hivernage approche. Une partie de nos hôtes va nous quitter. Il s’agit de ceux qui ne supportent pas nos climats quand ils deviennent rigoureux. Ils aiment nos plages désertes et nos réserves de fauves. Ils ne vivent pas parmi nous mais bien à côté.

Avant ils avaient même leurs réserves qu’ils appelaient des clos pour les Normands (Route de Ouakam), des clubs pour les Corses et d’autres enclos le long de la Petite Corniche ou vers les Marinas. Selon leurs tribus !

Le coopérant a ses spectacles, son cinéma, ses dancings, ses restaurants.

On les retrouve dans d’autres endroits de la nuit d’où les prix prohibitifs chassent les Indigènes (qu’on devrait appeler par un nom dans cette affaire, les Coopérés par exemple).

Ils côtoient dans leurs lieux de jouissance des lianes qui leur offrent leur joli corps et leur vertu. Leur modèle féminin n’est pas tout à fait celui des autochtones qui les préfèrent plus en chair. Ils ne s’entendent décidément sur rien ces partenaires au développement et leurs patients. Ces nymphes du coopérant correspondent bien à la description qu’en fait Ousmane Socé dans NINI, cette fille métisse et qui, à la plage, court de tous les côtés mais pour revenir toujours vers ses amants européens : comme un chien tenu en laisse et revenant au piquet. Au pied !

Le coopérant ne connaît presque personne du pays à part cette petite copine et le personnel domestique. On ne le voit ni aux baptêmes ni aux enterrements. Lui même ne meurt jamais ou en tout cas on ne s’en aperçoit pas.

Le coopérant roule en 4 x 4 climatisée : dans la circulation il est isolé du bruit et des odeurs. Le week-end il part de Dakar. Son domaine d’évolution, c’est la plage. Il connaît le Pays géographique et touristique mieux que les Autochtones.

Le coopérant ne prête aux Indigènes ni sa voiture ni sa villa. Il les cède à d’autres coopérants ou à de compatriotes en vacances. Le coopérant ne coopère pas, il se méfie.

Le coopérant ne parle pas la langue du pays. A part ces quelques mots qui suffisent au marchandage et qui servent de répulsifs devant le marchand ambulant trop collant. Il apprend le mot saïsaï et une ou deux salutations toujours si mal prononcées après quelques années de séjour. Et il s’énerve quand les Indigènes parlent leur propre langue en sa présence : il se dit exclu et se montre offensé. Cela lui paraît irrespectueux qu’ils parlent leur langue chez eux.

Au Congo, coopérer signifie être dans des affaires louches, en association de malfaiteurs. Ici ils disent qu’ils développent. Parfois ils sont rattrapés par des affaires louches qui sont révélées chez eux quand elles prennent de l’ampleur. Mais en général, une sorte d’omerta couvre leurs activités.

Le coopérant, sa mission de développement terminée, retourne chez lui le cœur contraint. Il se transforme en spécialiste du Pays : il dit en connaître les mœurs (souvent rudes), la langue et l’esprit, le caractère (malveillant et sournois), la paresse et la malédiction. Il répète éternellement le discours éculé du roman colonial : l’Afrique des fauves et des cataclysmes. La belle Afrique, si pitoyable ! Et il se prend à rêver de sa 4 x 4, de sa villa, de ses filles de joie et de ses hommes de peine, dans son petit bureau ou sur un quai de métro, dans cette foule cosmopolite qui parle toutes les langues du monde sauf la sienne.


04/06/2008 Par Oumar Ndao


Article précédent : Matar Ndour et ses danseurs à l’Institut Français
Article suivant : BONNES VACANCES !
Envoyer à un amis
Vos réactions sur cet article 7
Thomas

Coopérants
Rooooh.... c’est vraiment les vacances ! Photo hors contexte ! Le coopérant roule en pajero, xtrail ou grand vitara, voyons ! Les audi, bm ou cayenne, ça fait trop passeur de cocaïne (une chouette autre engeance locale).
mardi 9 juin 2009 à  17:29


Sitapha

Coopérants
je vous capte en retard... il est vrai que le billet de Ndao, comme toute caricature, exagère les traits, met en exergue les mochetés, gratte là où ça fait mal. J ?aime bien la petite touche de Rémy : les 4X4 prennent aussi de la couleur ! bien vu ! Cela dit, ce qui m ?interpelle le plus ici, c ?est cette réalité-là : les communautés aiment à se retrouver pour partager ce qu ?elles ont en ... commun ! Question : pourquoi sur les terres de Marianne on reproche à mes compats sénégalais, aux arabes, aux africains en général, leur envie de se retrouver ??? "Communautarisme" qu ?on appelle cette tache, vilain frein à l ?intégration. Ici, on s ?émeut que les toubabs restent dans leurs clubs à l ?air remplis d ?aise ; là-bas, même Rama Yade n ?ose pas dire à son Président qu ?elle se met en tenue traditionnelle quand elle est chez elle (au sérieux hein ! elle l ?a bien dit dans les médias français !!!)
vendredi 5 juin 2009 à  16:46


Ndeye

Coopérants
Sans compter le fameux "or que" au lieu de "or" tout court ; tellement utilisé que presque plus personne ne le considère comme une entorse ! Franc-wolof quand tu nous tiens !
vendredi 5 juin 2009 à  15:46


Bouki

Coopérants
Bagarrez san dechirer les habits ! L’histoire est tetue. Le temps des Signares est revenu mais sous une forme hideuse. Et a chaque guenon, dans un contexte de crise exacerbee, de chercher des moyens d’en sortir. Ceci n’a rien a voir avec le microcosme qu’evoquait Pruneau de Pommegorge dans sa description de Saint-Louis au milieu du 18e siecle : « De chaque coté du fort est un grand village ; celui qui est situé à gauche, se nomme le coté des chrétiennes, ou sont retirées les metives, metis, mulâtres, mulatresses, quartrons, quartronnes, & les negresses libres avec tous leurs captifs ( ?). L ?autre du coté droit, se nomme Laudau, il est habité par des nègres & négresses libres ou captifs, presque tous mahométans, parmi lesquels cependant il y a encore quelques chrétiens. Plusieurs de ces femmes sont mariées (a des blancs) en face de l ?église, d ?autres a la mode du pays, qui consiste en général, dans le consentement des parties & des parens. On a remarqué que ces derniers mariages sont toujours plus unis que les premiers ; les femmes y sont plus fidèles a leurs maris, que par-tout ailleurs ». Mais Oumar tu as oublie les garcons, tant pis si je ne dispose pas d’une cedille pour les nommer correctement. Dans l ?autre sens, on peut aussi évoquer la valse des macaques qui ont décidé de jeter leur dévolu sur les « coopérantes », et peut etre des cooperants, pour déverrouiller les frontières d ?une Europe devenue subitement amnésique et inhospitalière.
vendredi 5 juin 2009 à  15:43


Rémy koppe

Coopérants
Sama mag, c’est vrai les koppe aiment bien se retrouver entre eux mais partout les communautés se rapprochent pour partager leur propre culture. Et tu n’oublierais pas les koppe sud-sud ?(ya aussi de la couleur dans les 4X4). C’est vrai je roule vitre fermée pas par envie mais pour faire comme les autres. Ma clim est pourtant gâtée depuis l’an baoulé ! Ma femme et mes 3 enfants ne comprennent pas bien. Ils revendiquent. Je leur explique que l’on est une communauté... et que l’on doit partager les mêmes valeurs ! A ouaga où il fait bien chaud, le 4X4 devient un véritable Hammam ! "Blan à lidée dè"
vendredi 5 juin 2009 à  15:40


jean

Coopérants
En répondant à Omar Ndao vous vous engluez vous meme dans ces clichés bien connus des coopérants. Je parle en premier du monopole de la corruption qu’on prete à l’Afrique oubliant que l’Occident est lui meme gangrené par la corruption et les malversations comme en témoignent les nombreux faits divers impliquant parfois des chefs d’Etat et des ministres. Il y a aussi ce refus obstiné de voir les progrès effectués en Afrique qui se mesurent la scolarisation croissante des jeunes et des femmes, dans l’améliaration de la couverure sanitaire, dans les politiques d’infrastructure, dans les efforts d’intégration régionale, dans la croissance etc... Par ailleurs, je ne crois pas qu’une petite chronique comme celle-là serve à faire une analyse approndie des coopérants, sinon on aurait fait depuis longtemps le constat d’échec de cette coopération qui partage la responsabilité de cette "Afrique qui piétine" (je vous cite). Quant à la téranga, quand on voit la manière dont les Africains sont traités en occident, on devrait moins s’étonner que les populations locales aient changé leur regard[color=black][ /color] à l’égard des blancs. Sans rancune
vendredi 5 juin 2009 à  15:34


Un coopérant comme les autre

Coopérants
Cher monsieur Ndao, il est amusant de voir que malgré vous, vous tombez dans les mêmes travers que ceux que vous dénoncez. A force de lieux communs, certes pas toujours faux mais tellement caricaturaux, vous décrédibilisez complètement vos propres opinions. Dénoncer sans analyser, proposer ni avancer est malheureusement l’un des maux qui font de l’Afrique ce qu’elle est aujourd’hui...une terre que l’on aimerait voir bouger mais qui piétine, empétrée dans ses contradictions et sa corruption, sous le regard bienveillant d’un Occident désabusé et silencieux. Ne croyez pas que le coopérant (ou le grand méchant Blanc) est partout et toujours comme vous le voyez. Demandez-vous si cette fameuse teranga est vécue comme une réalité par l’étranger qui débarque au Sénégal. Voyagez, et vous verrez que pour beaucoup d’autres peuples africains, le Blanc peut aussi être autre chose qu’un porte-feuille qui se cache pour échapper à une mendicité élevée au rang de vertu.
vendredi 5 juin 2009 à  15:18


Répondre à cet article
Formulaire de commentaire









newsletter

GALERIE

Galerie

In mémoriam

In mémoriam
Wootico

© 2009 WOOTICO.com L'Afrique des arts et du spectacle