
L’hivernage approche. Une partie de nos hôtes va nous quitter. Il s’agit de ceux qui ne supportent pas nos climats quand ils deviennent rigoureux. Ils aiment nos plages désertes et nos réserves de fauves. Ils ne vivent pas parmi nous mais bien à côté.
Avant ils avaient même leurs réserves qu’ils appelaient des clos pour les Normands (Route de Ouakam), des clubs pour les Corses et d’autres enclos le long de la Petite Corniche ou vers les Marinas. Selon leurs tribus !
Le coopérant a ses spectacles, son cinéma, ses dancings, ses restaurants.
On les retrouve dans d’autres endroits de la nuit d’où les prix prohibitifs chassent les Indigènes (qu’on devrait appeler par un nom dans cette affaire, les Coopérés par exemple).
Ils côtoient dans leurs lieux de jouissance des lianes qui leur offrent leur joli corps et leur vertu. Leur modèle féminin n’est pas tout à fait celui des autochtones qui les préfèrent plus en chair. Ils ne s’entendent décidément sur rien ces partenaires au développement et leurs patients. Ces nymphes du coopérant correspondent bien à la description qu’en fait Ousmane Socé dans NINI, cette fille métisse et qui, à la plage, court de tous les côtés mais pour revenir toujours vers ses amants européens : comme un chien tenu en laisse et revenant au piquet. Au pied !
Le coopérant ne connaît presque personne du pays à part cette petite copine et le personnel domestique. On ne le voit ni aux baptêmes ni aux enterrements. Lui même ne meurt jamais ou en tout cas on ne s’en aperçoit pas.
Le coopérant roule en 4 x 4 climatisée : dans la circulation il est isolé du bruit et des odeurs. Le week-end il part de Dakar. Son domaine d’évolution, c’est la plage. Il connaît le Pays géographique et touristique mieux que les Autochtones.
Le coopérant ne prête aux Indigènes ni sa voiture ni sa villa. Il les cède à d’autres coopérants ou à de compatriotes en vacances. Le coopérant ne coopère pas, il se méfie.
Le coopérant ne parle pas la langue du pays. A part ces quelques mots qui suffisent au marchandage et qui servent de répulsifs devant le marchand ambulant trop collant. Il apprend le mot saïsaï et une ou deux salutations toujours si mal prononcées après quelques années de séjour. Et il s’énerve quand les Indigènes parlent leur propre langue en sa présence : il se dit exclu et se montre offensé. Cela lui paraît irrespectueux qu’ils parlent leur langue chez eux.
Au Congo, coopérer signifie être dans des affaires louches, en association de malfaiteurs. Ici ils disent qu’ils développent. Parfois ils sont rattrapés par des affaires louches qui sont révélées chez eux quand elles prennent de l’ampleur. Mais en général, une sorte d’omerta couvre leurs activités.
Le coopérant, sa mission de développement terminée, retourne chez lui le cœur contraint. Il se transforme en spécialiste du Pays : il dit en connaître les mœurs (souvent rudes), la langue et l’esprit, le caractère (malveillant et sournois), la paresse et la malédiction. Il répète éternellement le discours éculé du roman colonial : l’Afrique des fauves et des cataclysmes. La belle Afrique, si pitoyable ! Et il se prend à rêver de sa 4 x 4, de sa villa, de ses filles de joie et de ses hommes de peine, dans son petit bureau ou sur un quai de métro, dans cette foule cosmopolite qui parle toutes les langues du monde sauf la sienne.








Coopérants
Rooooh.... c’est vraiment les vacances ! Photo hors contexte ! Le coopérant roule en pajero, xtrail ou grand vitara, voyons ! Les audi, bm ou cayenne, ça fait trop passeur de cocaïne (une chouette autre engeance locale).mardi 9 juin 2009 à 17:29